Aujourd’hui en France, 26 juin 2015 : 48 heures dans une école Espérance Banlieues

Promouvoir l’excellence dans les quartiers.C’est l’ambition de cet établissement privé pas comme les autres situé en Seine-Saint-Denis. Deux autres ouvriront leurs portes à la rentrée.

Ici, les élèves portent l’uniforme, un polo blanc sous un sweat à capuche, vert pour les garçons, bordeaux pour les filles. Ils ne disent pas « oui » mais « oui, Monsieur ». A la récré, le prof d’histoire-géo joue de la guitare. Les enseignants vouvoient leur auditoire, même celui qui n’a que 6 ans. Bienvenue au cours Alexandre-Dumas, une école privée hors contrat à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), foyer en 2005 des émeutes avec sa voisine Clichy-sous-Bois. Née en 2012, cette institution accueille aujourd’hui dans des préfabriqués mal isolés une bonne centaine de jeunes du CP à la 3e, pour la plupart en situation d’échec scolaire. Le concept, mélange de camp scout, d’enseignement Montessori, aiguisant la curiosité comme l’autonomie, et d’école à l’ancienne fait des émules. Après l’ouverture d’un établissement du même type à Marseille (Bouches-du-Rhône) en septembre dernier, deux autres verront le jour à la rentrée, l’un à Asnières (Hauts-de-Seine), l’autre à Roubaix (Nord). Tous sont financés par des donateurs privés, des entreprises, des associations… et pilotés par la Fondation Espérance Banlieues. « Quinze autres projets sont programmés en 2016, notamment à Trappes, Mulhouse, Grenoble… » recense le chef d’entreprise Eric Mestrallet, son président. « On bouscule les codes de la cité, de l’enfermement. On donne envie à nos jeunes de se projeter, pas de se recroqueviller », résume-t-il.

Onze élèves par classe

Assis à une table-pupitre d’autrefois, Ahmad, 6 ans, s’emmêle les crayons dans l’exercice d’écriture de majuscules F et D. « Ça, c’est ce que je dois attendre d’Ahmad, je vous dirais bien de tout barrer et de tout recommencer », lui fait remarquer Lore, la maîtresse de 23 ans. Fayçal, lui, s’endort sur ses lauriers. « C’est fini la nuit, Fayçal, on n’est plus dans le lit, tenez-vous un peu plus droit ! » le réveille l’institutrice sur un ton à la fois autoritaire et bienveillant. Cette classe à double niveau CP-CE 1 abrite onze petits. « C’est complètement personnalisé », résume Lore, adepte des recettes à l’ancienne pour apprendre à lire, notamment la méthode syllabique Boscher. Ici, les effectifs ne dépassent pas les 16 élèves en primaire, 18 au collège. Et « le programme attend l’enfant, ce n’est pas l’enfant qui court après le programme ».

Les professeurs, tous jeunes, ont au minimum une licence mais pas les diplômes exigés (Capes, par exemple) pour enseigner dans le public. Ils ont en revanche un Bafa ou une expérience dans le scoutisme qui leur confère des qualités d’éducateur. Certains cumulent les matières. Pierre-François enseigne l’histoire-géo, les maths et la biologie ! Ce jour-là, sa leçon sur les Trente Glorieuses destinée aux 3e est « interactive ». Pour intéresser son auditoire, il évoque son oncle agriculteur, les films de Belmondo, la 4 CV de sa maman… « Dans mon école avant, je ne les aimais pas, les profs. Mais ici, j’ai appris à les apprécier car ils me respectent », encense Rayan, 15 ans. Les éléments les plus en difficulté dans chaque niveau sont, un temps, « exfiltrés » de leur classe et se retrouvent dans la même salle pour progresser main dans la main. Difficile d’évaluer les résultats de la pédagogie maison (riche en devoirs surveillés pour « désacraliser les notes ») et qui a été contrôlée par l’inspection d’académie.

Seul indice de performance : les 3e ont quasiment tous décroché leur brevet l’an dernier.

Source : Article texte Aujourd’hui en France du 26 juin 2015 par Vincent Mongaillard

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