Kernews, 5 novembre 2015 : Interview d’Harry Roselmack : « J’ai envie de partager mes constats et ma vision de la société. »

Harry Roselmack : « J’ai envie de partager mes constats et ma vision de la société. »

Harry Roselmack est venu passer quelques jours de vacances au Relais Thalasso Baie de La Baule. C’est dans l’ambiance agréable du bar du Château des Tourelles à Pornichet que cet entretien s’est déroulé avec le rédacteur en chef et présentateur de Sept à Huit, qui a également présenté le Journal de 20h de TF1. Harry Roselmack nous parle de son métier et de son livre remarquable sur l’éducation dans les banlieues : en effet, la modeste association Espérance Banlieues a déjà sans doute fait davantage pour les banlieues et la lutte contre le racisme, que tous les ministères de la ville et SOS Racisme réunis… Il faut savoir que Harry Roselmack parraine une école libre de Montfermeil qui produit des résultats spectaculaires. L’éducation est stricte, les enfants portent un uniforme et ils saluent le drapeau français deux fois par semaine… Harry Roselmack évoque par ailleurs l’actualité et les propos de Nadine Morano. Il n’est pas d’accord avec certaines personnalités de gauche qui veulent supprimer le mot race du vocabulaire : «On peut très bien considérer qu’il y a différentes races, sans considérer qu’il y a une inégalité entre ces races». Un entretien passionnant avec un journaliste libre et amoureux de son pays.

Le livre « Espérance Banlieues » d’Harry Roselmack et Éric Mestrallet est publié aux Éditions du Rocher.

 

Ecoutez l’entretien entre Yannick Urrien et Harry Roselmack

Kernews : Vous passez quelques jours au Relais Thalasso Baie de La Baule. Quelle image avez-vous de notre région ?

Harry Roselmack : Alors, c’est la première fois que je viens dans cet établissement, c’est même la première fois que je viens à Pornichet. Mais quand j’étais enfant, à Tours, je me souviens que mon professeur de judo organisait chaque année un camp d’été à Pornichet. Je ne suis jamais venu, mais je voyais à peu près où se trouvait Pornichet. En revanche, je connais davantage La Baule, puisque j’y suis venu plusieurs fois…

C’est plus branché, cela vous correspond-il davantage ?

Non, j’aime bien au contraire les endroits discrets, qui ont des charmes cachés, comme le Château des Tourelles à Pornichet. Il est certain que je reviendrai !

C’est l’automne, ce sont des vacances plus sportives ou plus reposantes…

Oui, c’est un break, cela fait du bien de se relâcher et de se mettre en connexion avec la nature. J’accorde beaucoup d’importance à cela. Je pense que l’homme n’est pas fait pour vivre loin de la nature très longtemps. Il faut, à un moment, se rapprocher du bord de mer. Alors, on n’a pas le soleil toute la journée, mais je remarque qu’il y a toujours un peu de soleil dans la journée ! Je confirme qu’il y a toujours un moment de soleil en Bretagne.

Vous avez présenté le journal télévisé de 20 heures pendant plusieurs années. Il paraît que c’est un exercice très éprouvant, où l’on est presque hors du temps… Le stress est intense, on voit moins sa famille, on est pris par l’actualité en permanence…

Le risque, c’est effectivement de se couper de sa famille ou de se couper des gens en général, parce que l’on passe son temps à la rédaction. La rédaction, c’est une équipe de journalistes qui est connectée à l’actualité, on lit les dépêches, on est en contact avec des reporters de terrain… Mais le rédacteur en chef n’est pas en contact direct avec les événements, donc le risque de se couper des gens est important et c’est pour cette raison que j’ai fait le choix de me diriger davantage vers le documentaire et de revenir vers une forme de journalisme qui me rapproche davantage des gens. Le cœur de ma vocation de journaliste, c’est d’être avec les gens, les rencontrer et essayer de les comprendre.

On dit souvent que lorsqu’un journaliste touche le siège du 20 heures, c’est comme une drogue, il n’a plus envie de le quitter… On n’a pas vu beaucoup de journalistes partir sereinement du 20 heures. Or, ce fut votre cas…

Ma démarche est sans doute un peu à rebours de ce qui peut se faire habituellement. Encore une fois, ma vocation de journaliste est d’aller à la rencontre des gens pour essayer de comprendre comment ils fonctionnent. Les sujets de société sont ceux qui me passionnent le plus et pouvoir s’intéresser à la société d’une façon un peu prolongée, c’est vraiment ce qui m’intéresse. On a la chance d’avoir un métier qui permet d’avoir plusieurs vies professionnelles.

Vous êtes le parrain de l’école pilote de Montfermeil et vous racontez cette expérience d’école associative dans votre livre « Espérance banlieues ». On constate que le cursus de l’Éducation nationale est adapté à un pourcentage important de la population, mais pas à tous les jeunes, et qu’il faut aborder différemment ceux que l’on considère comme des mauvais élèves. C’est ce que révèle votre expérience…

Effectivement, mais je ne pense pas qu’il faille faire de faux procès à l’Éducation nationale. C’est un système qui tente d’élever le plus grand nombre, mais c’est aussi très compliqué d’avoir un système qui corresponde à chacun. L’Éducation nationale réussit quand même à élever le plus grand nombre de nos enfants…

C’est la chaîne généraliste, en quelque sorte…

Oui, mais il y a des gens qui ne peuvent pas suivre une chaîne généraliste et qui ont besoin de structures plus spécifiques, avec des méthodes plus adaptées. C’est pour cette raison qu’il existe des écoles qui sont hors contrat de l’Éducation nationale et qui permettent de s’adresser à des jeunes qui ont d’autres problématiques. Le cours Alexandre Dumas, que je parraine, fait partie de ces écoles. Il était anormal qu’il n’y ait pas d’écoles privées dans les quartiers des banlieues populaires, là où les problématiques des enfants étaient les plus diverses. La fondation Espérance Banlieues a lancé ce très beau projet que j’ai accompagné avec beaucoup de plaisir.

Concrètement, la manière d’aborder le cursus éducatif est légèrement différente…

Oui, à la fois dans l’acquisition des connaissances, dans les choix qui sont faits, des choix qui sont portés sur des choses basiques que sont la lecture et la compréhension de ce qu’on lit, mais aussi l’écriture, les mathématiques et toutes les matières de base. Le rythme d’acquisition des connaissances est également différent, avec des cours magistraux le matin et en début d’après-midi, et des activités annexes en début d’après-midi visant à créer de la cohésion et du vivre ensemble. C’est aussi l’un des enjeux important de cette école, qui intervient dans des quartiers où il y a beaucoup de communautés extrêmement diverses avec des tensions importantes. Cette école réussit vraiment à créer quelque chose qui surpasse les tensions communautaires. Les jeunes ont un uniforme, avec un sweat à capuche avec la mention « Alexandre Dumas », ils sont fiers de le porter et de faire partie de cette communauté scolaire. Il y a plein d’autres choses aussi, notamment l’implication des parents dans le cursus scolaire, les punitions et les sanctions, les récompenses… Tout cela est très formalisé. Chaque fin de semaine, les enfants sont dans la cour, avec les parents, on donne les bons et les mauvais points. Il y a aussi le lever du drapeau en début de semaine et on baisse le drapeau en fin de semaine. Toutes ces choses permettent de créer de la cohésion et de faciliter le vivre ensemble.

Finalement, c’est le retour de la tradition…

Ce qui ne me va pas tellement dans le terme de tradition, c’est le caractère nostalgique, le regard vers le passé… C’est une tradition revisitée. Ce qui est important, ce sont les principes et l’adhésion à ces principes. Les principes sont intangibles : ils étaient vrais hier, ils le sont encore aujourd’hui. Savoir se respecter, c’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui. Pour pouvoir vivre ensemble, il faut adhérer à un certain nombre de valeurs communes, c’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui et ce sera vrai demain.

Vous avez été journaliste sur I-Télé, puis sur TF1 en présentant le 20 heures, une mécanique qui consiste à suivre l’actualité en permanence… Maintenant, vous avez le temps d’aller au fond des sujets, vous abordez des thèmes plus fouillés dans les magazines… Votre regard sur la société a-t-il évolué ?

La confrontation avec l’actualité permet de se forger, en tant qu’homme et citoyen, mais, même si vous avez raison, je dirais presque autant sur le 20 heures que sur le magazine. Vous savez, on est remué tous les jours dans cette espèce de machine à laver les événements… Je ne pense pas avoir fondamentalement changé. Evidemment, le regard évolue, on a la tentation de se laisser gagner par un peu de cynisme quand on entend certains discours, parce qu’on les a déjà entendus avant alors que les choses n’ont pas véritablement changé. Il faut essayer de garder espoir, rester optimiste et continuer à écouter les autres. On peut être tenté de ne plus écouter les autres, de se refermer sur soi, mais c’est une tentation qui conduit à des catastrophes. Je crois vraiment en la vertu du dialogue et de l’écoute réciproque. Il faut quand même faire des choix, car on trouve tout et n’importe quoi sur Internet, mais il faut continuer d’aller vers les autres.

Quels sont vos projets ?

J’en ai beaucoup ! Sept à Huit reste au cœur de ma vie professionnelle. Le magazine a évolué cette saison, puisque nous avons lancé Sept à Huit Life, qui commence à 17h15, avec une particularité éditoriale qui consiste à proposer des sujets plus en proximité avec le quotidien des gens. Il y a des immersions dans des univers qui nous sont proches. Ensuite, Sept à Huit, de 18h30 à 19h45, propose des documents forts et des sujets qui nous emmènent à la découverte du monde. Par ailleurs, j’ai créé une société de production, il y a deux ans. Elle me permet de faire des reportages pour le magazine du même nom, qui passent après le journal de 13 heures le samedi et le dimanche. Je m’intéresse à d’autres sujets et à d’autres façons de raconter la société. J’ai envie de partager mes constats et ma vision de la société.

Votre dernier coup de gueule, c’était la tribune du Monde, qui avait fait beaucoup de bruit ! Etait-ce spontané ou mûrement réfléchi ?

Non, c’était assez spontané. C’était lié à mon indignation sur l’affaire Taubira, avec des propos visant à comparer la ministre de la Justice à un animal, sans que cela fasse réagir. C’est autant cela qui m’a choqué, que les propos. Les racistes, il y en aura toujours, cela relève d’une espèce de folklore qui n’a aucun fondement et les racistes, eux-mêmes, le savent. Je suis de ceux qui pensent que nous devons laisser ces gens dans leur folklore : finalement, ce sont eux qui sont le plus pénalisés… En revanche, on ne peut pas donner d’échos à ces propos en faisant en sorte que de tels propos soient cités sur une antenne nationale sans qu’il y ait la moindre réaction derrière… C’est un silence coupable et complice. Cette première tribune est née de mon indignation.

Vous êtes d’une province qui était française avant la Corse ou Nice… Qu’avez-vous pensé des propos de Nadine Morano ?

Je suis né à Tours, j’ai grandi à Tours, c’est une province qui a eu une grande vie royale et où la langue française est particulièrement bien cultivée… Vous faites référence à mes origines antillaises qui sont effectivement très importantes pour moi. Quand j’ai entendu Nadine Morano, c’est plus l’intention qui m’a choqué, on connaît les intentions électoralistes, c’est une grosse ficelle… Personnellement, il y a quelque chose qui me dérange. Ce qui me dérange, c’est que l’on nous dise aujourd’hui que les races n’existent pas. Je ne comprends pas cette défaite du concept, face à l’incapacité de gérer ces concepts. L’homme serait incapable de gérer la réalité sémantique d’une espèce humaine divisée en races, parce que cette réalité sémantique générerait du racisme, ce qui est complètement faux à mon avis. Alors, on décide que les races n’existent pas ! Très honnêtement, les races, cela ne me gêne pas. Je peux considérer qu’il y a une espèce humaine et que je suis de race noire et que d’autres sont de race blanche, cela ne me dérange pas. Dire que les races existent, cela ne veut pas dire être raciste. On peut très bien considérer qu’il y a différentes races, sans considérer qu’il y a une inégalité entre ces races. Cette façon de faire disparaître le problème, en effaçant les concepts, cela me dérange un peu. Réduire la France à une question de race, c’est minable ! Tout cela, c’est de la basse politique, je ne m’y intéresse pas plus que ça.

D’ailleurs, c’est la même chose pour la religion : l’islam est devenu une religion française dès lors que l’on a demandé à des musulmans de verser leur sang pour la patrie. On ne va pas aller suspecter un harki d’être moins Français parce qu’il serait musulman…

Un pays, ce n’est pas effectivement qu’un substrat, même si l’on peut considérer que le substrat est indo-européen et judéo-chrétien, mais c’est une histoire. Une histoire, c’est des évolutions, des mélanges, des gens qui viennent, des envahissements, des libérations, des migrations…

Source : Article texte Kernews  du 5 novembre 2015

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