Le Parisien du 10 Septembre 2013 : « Une école pas comme les autres »

A Montfermeil (Seine-Saint-Denis), le cours privé Alexandre-Dumas vient de voir le jour avec une pédagogie inspirée du scoutisme. Le concept, déroutant, séduit les parents.

On était prévenus : « L’entrée n’est pas facile à trouver. Prenez le portail vert, longez le parking. C’est là. » Là, c’est tout à l’est de la Seine-Saint-Denis, à Montfermeil, entre la maison de retraite et le cimetière municipal : trois préfabriqués posés sur une cour bitumée. Le tout est aussi gris que le ciel de ce vendredi, le jour de la rentrée au cours Alexandre-Dumas.

Dans tous les sens du terme, cet établissement privé, hors contrat, ne ressemble à rien. Et c’est précisément ce qui plaît. Créé très discrètement l’année dernière avec une poignée d’élèves, l’école fait sa toute première rentrée avec 85 enfants, du CP à la 3ème, arrivés là par le bouche-à-oreille de parents en quête d’un cadre « familial » et « différent » pour leurs enfants.

Ces mots reviennent souvent dans la bouche de Lila, une aide-soignante de Clichy-sous-Bois qui vient d’y inscrire trois de ses quatre fils. La scolarité lui coûte 75 € par mois et par enfant. « C’est un effort mais on y arrive », dit-elle. Les sept professeurs, parmi lesquels des éducateurs et un ancien militaire, empruntent autant aux pédagogies libérales comme Montessori qu’aux traditions de l’école catholique, les signes religieux en moins.

« Je sais que certains nous prennent pour des Bisousnours »

Albéric de Serrant, directeur du cours privé Alexandre-Dumas

« On ne vient pas à l’école pour devenir une encyclopédie vivante mais un homme ou une femme libre et accomplie », lit-on sur le tableau noir de Niels Villemain, jeune prof principal des 3èmes. Dans un blazer sombre qui le vieillit un peu, il déroule ce qui ressemble fort à un cours de morale. « Vous faites partie d’une fratrie ici, on est tous reliés », explique-t-il à sept ados un brin avachis. D’ici peu, tous les élèves auront acheté leur uniforme : un sweat à capuche grenat et un polo blanc, frappé du logo de l’école.

Comme chez les louvetaux, les élèves sont regroupés en « sixaines «, des équipes où les plus âgés veillent sur les cadets, tout au long de l ajournée, de 8 heures à 18 heures. Les cours fondamentaux, qui mettent l’accent sur l’écriture, les maths et la littérature, ne sont dispensés que le matin.

A 14 heures, toute l’école, adultes compris, se retrouve dans le parc pour un grand jeu inspiré des centres aérés. A 16h30, après des devoirs surveillés et des séances d’études, nouvelle grand-messe : les professeurs font le point avec les élèves, chacun s’exprime, les petits chantent. Il y a aussi des randonnées tous les vendredis après-midi. Le ménage et le rangement sont assurés, à tour de rôle, par les élèves.

« Je sais que certains nous prennent pour des Bisounours, confle le directeur, Albéric de Serrant. Mais tout ce qu’on fait a des bases solides : c’est de l’instruction civique au quotidien. Et si on mélange tout le monde pour certaines activités, c’est parce que les ados se la jouent moins en présence de petits. »

Les petits, eux, sont censés gagner en assurance. Visage frondeur, haute comme trois pommes, Typhaine a enregistré la leçon. Elle a été parmi les premiers élèves inscrits. « Dans mon ancienne école, les autres me traitaient et me tapaient », raconte-t-elle. A côté d’elle, une autre élève de 6ème, comme empêtrée dans son corps d’adolescente, baisse la tête. C’est son premier jour et le changement est brutal. « Je reste un an, pas plus », gromelle-t-elle. « Moi aussi, je me disais ça ! s’écrie une autre, arrivée en février. On m’appelle toujours Madame Je-sais-pas, mais je le dis moins qu’avant. »


Financée par une fondation

Le cours Alexandre-Dumas est le fruit de la Fondation Espérance banlieues, qui a mis sur pied le projet et collecté des dons pour son financement.
Son président, le chef d’entreprise Eric Mestrallet, rêve « que d’autres écoles se créent dans les villes de banlieue ».
Dans la communauté scolaire locale, on s’interroge. « C’est très bien de tester des pédagogies différentes, mais c’est dommage que cela ne se fasse pas dans le cadre public », regrette ainsi Mathieu Glaymann, animateur d’un collectif de parents indépendants. En Seine-Saint-Denis, environ 35% des élèves, tous niveaux confondus, sont scolarisés dans le privé.


Source : Article texte Le Parisien du 10 septembre 2013.

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